07 juillet 2021

Stratégie Hydrogène : dans les starting blocks

Avec un budget de 7,2 Mds d’euros, l’installation récente d’un conseil national associant l’ensemble des industriels concernés et le lancement de nombreux appels à projets,  la stratégie hydrogène française est sur les rails. La trajectoire est ambitieuse mais tous les feux sont au vert. Le point avec Philippe Boucly, Président de France Hydrogène.

Philippe Boucly, Président de France Hydrogène

Ces deux dernières années, l’hydrogène s’est imposé comme le vecteur énergétique d’avenir. Quelles sont, selon vous, les avancées majeures à souligner ?

Tout d’abord, le cadre nécessaire à la mise en œuvre de la stratégie hydrogène est en place. Le Conseil National de l’Hydrogène réunit aux cotés de l’Etat tous les acteurs industriels des filières concernées : de l’automobile, en passant par les métiers de la construction, la sidérurgie, l’aéronautique, le maritime, la chimie ou le ferroviaire. Cette instance a pour objectif de mesurer le bon déroulement des actions prévues, identifier d’éventuels freins et de soutenir des projets collectifs qui participent à la structuration d’une chaîne de valeur complète en France ou dans le cadre de coopérations européennes. C’est l’espace de décision, d’action et de veille dont nous avions besoin pour coordonner et accélérer le déploiement de notre stratégie.

Le second point à souligner est la très forte dynamique industrielle constatée à la suite du lancement de la stratégie en septembre 2020. 27 projets de R&D et d’intégration de technologies hydrogène représentant 212 M€ d’investissement sont soutenus. 4 régions ont obtenu un financement de 300 M€ pour acquérir des trains hydrogène. La première phase d’appel à projet sur « les écosystèmes territoriaux » a permis d’identifier 7 projets pour soutenir la production par électrolyse et la mobilité hydrogène pour un montant de 136 M€ et pour la seconde phase qui se termine en juin, nous avons déjà près de 50 dossiers déposés. 

L’accélération que l’on constate s’explique par l’enthousiasme que suscite l’hydrogène bas carbone dans un contexte de lutte contre le réchauffement climatique et de relance économique post pandémie. C’est très encourageant et confirmé par une étude récente menée par l’Hydrogen Council qui montre que la France est positionnée dans le peloton de tête des pays les plus avancés dans ce domaine, avec l’Allemagne en Europe, la Chine, la Corée du Sud et le Japon en Asie et qu’elle dispose ou disposera prochainement de toutes les technologies critiques nécessaires à sa souveraineté et permettant un rapide passage à l’échelle.

 

La France et l’Allemagne ont milité au niveau européen pour la mise en place d’un « projet important d'intérêt européen commun ». Qu’est-ce que cela va changer ? En quoi est-ce positif pour la stratégie française ?

Ce PIIEC qui est en cours de déploiement est un atout clef pour accélérer la dynamique industrielle de l’hydrogène en France. A l’image de celui mis en place pour les batteries, il va nous permettre de financer directement des projets industriels stratégiques et de soutenir nos nombreux « champions ». Nous avons avec France Hydrogène d’ores et déjà identifié 4 projets d’usine en France de fabrication d’électrolyseurs, qui représentent une puissance totale de 3,2 GW, soit près de 50% de l’objectif fixé par la stratégie nationale à l’horizon 2030. Dans le cadre de ce PIEEC, ils pourront être financés par l’Etat français. Quand on veut soutenir une filière stratégique, l’impulsion donnée par les acteurs publics est essentielle et reconnaitre l’hydrogène comme PIIEC permettra de dépasser certaines règles européennes de concurrence. Le développement de l’hydrogène va également participer à la création d’emplois, qui est un des axes forts de la stratégie. Nous estimons que 120 000 à 150 000 emplois peuvent être créés dans la filière hydrogène d’ici 2030.

 

La stratégie hydrogène est sur les rails. Pour autant, quels sont les défis à relever pour garantir son déploiement massif et rapide ?

Ils sont de mon point de vue de trois ordres. Le premier est précisément quantitatif, avec le défi majeur du passage à l’échelle. Qu’il s’agisse de la capacité d’électrolyse ou du nombre de véhicules hydrogène en France, pour ne citer qu’eux, il nous faut sur les 10 prochaines années multiplier par un facteur 1000, ce qui en d’autres termes revient à doubler chaque année nos capacités pour atteindre les objectifs fixés par la stratégie !

Le second défi est de se garder de toute idéologie et d’avoir à l’esprit que l’ennemi, c’est le CO2. Nous devons donc pouvoir compter non seulement sur les énergies renouvelables, mais aussi sur le nucléaire ou l’hydraulique pour notre production d’hydrogène bas carbone.

Le troisième défi est que la stratégie nationale hydrogène contribue efficacement à la ré-industrialisation de notre pays. L’enjeu n’est pas seulement de construire des usines de fabrication d’électrolyseurs mais aussi d’amener des pans entiers de notre industrie à passer à l’hydrogène, comme par exemple la sidérurgie. C’est un chantier complexe car le champ des contraintes est élevé.

 

Pour relever ces défis quels est le rôle que peuvent ou doivent jouer les Régions ?

Il est fondamental et je souhaite saluer leur engagement. On voit un élan dans plusieurs régions de France avec des stratégies et feuilles de route dotées de montants très conséquents. Cela va être très utile dans la phase qui s'ouvre maintenant pour développer des écosystèmes territoriaux d'envergure, mutualiser les usages et les besoins, réduire les coûts et permettre l'accès à l'hydrogène au plus grand nombre. 
La Bourgogne-Franche-Comté, la Normandie, l'Occitanie ou encore la région Auvergne Rhône-Alpes se distinguent particulièrement, du fait d'une prise en main du sujet il y a déjà plusieurs années.

Les régions sont indiscutablement l’échelle pertinente pour soutenir des consortiums réunissant des collectivités et des industriels fournisseurs de solutions sur des territoires. Un exemple ? Le projet Rhônalpin « Zéro Emission Valley » qui vise à déployer 1 200 véhicules à pile à combustible et un réseau de stations de recharge en lien étroit avec les entreprises McPhy, Engie, Symbio, Atawey, Ergosup et Ad-Venta. 
C’est la raison pour laquelle, d’ici 2023, 275 M€ seront fléchés vers ces « hubs territoriaux d’hydrogène », portés notamment par les régions.