07 juillet 2021

Deux appels à projets pour être au rendez-vous de 2030 !

Après le plan Hydrogène Hulot en 2018 qui annonçait l’ambition de créer une filière industrielle française décarbonée, l’Etat a lancé en septembre 2020 une stratégie nationale qui entend faire de la France un acteur mondial de l'hydrogène à l'horizon 2030. Cette stratégie qui doit bénéficier aux offres industrielles sur le territoire français, s’est déjà concrétisée par deux appels à projets. Le point avec Arnaud Leroy, Président de l’ADEME. 

Arnaud Leroy, Président de l’ADEME. © Crédit photo :  J. Chiscano 

Fin octobre 2020, deux appels à projets qui s’inscrivent dans le cadre de la stratégie nationale d’accélération de l’hydrogène décarboné ont été lancés. Ils sont portés par l’ADEME. Quels sont les grands enjeux ?

La filière hydrogène française n’est certes pas encore mature mais elle se structure sur toute la chaine de valeur. Le plan Hulot de 2018 avait ouvert la voie avec succès mais sans le financement nécessaire. La stratégie nationale lancée en septembre 2020, en lien avec le plan de relance, change la donne, avec des moyens conséquents, une visibilité à 10 ans et l’enjeu d’accélérer et de pérenniser les tendances déjà à l’œuvre. L’ambition de ces appels à projets est bien de pousser les curseurs là où il y a déjà un avantage.  L’hydrogène qui s’inscrit désormais dans la feuille de route énergétique française ouvre la voie aux innovations.  Nous avons des rendez-vous qu’il ne faut pas manquer notamment celui de la mobilité lourde, le ferroviaire, les bus, le fluvial. La volonté du gouvernement est de faire émerger une filière 100% française ou presque en impliquant tout l’écosystème et notamment les écosystèmes locaux.

 

Qu’attend-on des collectivités locales dans le développement de la filière ? Comment l’appel à projets « Ecosystèmes territoriaux hydrogène » va-t-il y contribuer ?

On est dans la suite logique de ce qui avait été amorcé avec l’appel à projets « Territoires hydrogène » en 2016. C’est le deuxième appel à projets qui vise à déployer des « hubs territoriaux ». Le but est d’accompagner les investissements dans des écosystèmes qui associent infrastructures de production / distribution et usages de l'hydrogène, tout en permettant de structurer la filière et de favoriser au maximum des économies d’échelle. L’appui des territoires est indispensable et un rapprochement avec les acteurs privés va permettre de consolider une multiplicité d’usages concrets notamment sur les usages en mobilité mais aussi d’identifier d’autres usages, comme l’équipement des bennes à ordure ou les engins agricoles par exemple. Enfin, on attend le développement de certaines applications stationnaires, pour l'alimentation de bateaux à quai, l'événementiel et le BTP ou en soutien aux réseaux et micro-réseaux dans les zones non interconnectées (ZNI). 

Nous avons déjà sélectionné sept « écosystèmes territoriaux » pour les aider à voir le jour :  AUXR_HUBH2, Cannes Lérins H2, DBeaut'Hy Truck, H2 Loire Vallée, H2 NFC, RVH2 et VHyGO. Cette première vague va mobiliser une aide financière de 45 millions d'euros, sur une enveloppe totale de 275 M€. La dernière date de relève de cet appel à projets est prévue le 14 septembre 2021. On sait que ce sera long et qu’il faut laisser le temps de maturation des projets. Une prolongation jusqu’en 2022, voire 2023 est déjà envisagée. 

 

L’approche de l’appel à projets « Briques technologiques et démonstrateurs » est quant à elle nouvelle. Quel est son but ?

Cet appel à projets concerne les process d’innovation. Des projets lourds à monter, qui nécessitent un plan d’investissement structuré et du temps long. Les industriels doivent identifier des pistes d’innovation pour développer ou améliorer composants et systèmes liés à la production et au transport d’hydrogène et à ses usages. Les projets présentés peuvent être aussi des démonstrateurs, des pilotes ou des premières commerciales sur le territoire national. Nous encourageons les acteurs de la filière à initier des partenariats nouveaux avec la plasturgie par exemple. L’hydrogène devient un véritable instrument d’innovation. Le but c’est d’être armé rapidement comme les autres pays. Pour sélectionner les projets les plus pertinents, nos équipes s’appuient sur un appel à manifestation d’intérêt* (AMI) lancé début 2020 dont le but était d’identifier des projets structurants pour la filière hydrogène. Avec cet AMI, nos équipes ont un cap pour analyser et sélectionner les dossiers. 
La date limite de dépôt des dossiers a été fixée le 31 décembre 2022, les dossiers sont examinés au fur et à mesure pour pouvoir débloquer les fonds et lancer les projets rapidement.  

*« Projets innovants d’envergure européenne ou nationale sur la conception, la production et l’usage de systèmes à hydrogène »

 

Quels conseils donneriez-vous aux porteurs de projet pour réussir leur dossier de candidature ?  

Pour l’appel à projets dédiés aux Ecosystèmes territoriaux, nous incitons les collectivités territoriales à s’adosser à des industriels pour monter des partenariats et aller même jusqu’au co-développement. Elles peuvent aussi avoir recours à un AMI pour identifier des partenaires et construire un écosystème H2. Ce n’est pas une technologie facilement appréhendable et la complémentarité avec des industriels peut amener à identifier d’autres solutions, d’autres usages. 

Par contre, il ne s’agit pas de tomber dans le panneau de la solution miracle. L’hydrogène reste une solution parmi d’autres et elle doit être retenue pour sa pertinence. Nous invitons les candidats à s’inscrire dans la culture de la sobriété dictée par la transition écologique.
En ce qui concerne l’appel à projets « Briques technologiques et démonstrateurs », le projet présenté doit être important avec des volumes d’investissement conséquents. Ce qui ne signifie pas qu’on laisse les petites structures de côté, mais celles-ci doivent prendre part dans des consortiums. Les gros doivent embarquer les petits dans des groupements dans un esprit d’équilibre. On sait que la course à l’innovation sera tirée par les petits, les startups. Par ailleurs, le sujet de la compétence et de la main d’œuvre viendra très vite sur le tapis. Aujourd’hui, certaines compétences n’existent pas encore, et seuls les grands groupes pourront relever le défi de la formation et apporter des solutions...

 

2030, c’est déjà demain, alors, comment lancer une dynamique à une échelle suffisante ?

La France doit être au rendez-vous à horizon 2030. Le travail qu’on effectue aujourd’hui est très important, c’est un véritable socle et on a peu de temps pour le consolider. Notre approche doit être guidée par la cohérence et la constance … Avec la stratégie Hydrogène de l’Etat et un plan à 7 Mds d'€, on bénéficie déjà d’une visibilité jusqu’à 2030. Ce n’est pas anodin. Mais le succès de la démarche, ce sera aussi d’être au rendez-vous budgétaire annoncé…

 

En savoir plus : https://www.economie.gouv.fr/plan-de-relance/lancement-appels-projets-filiere-hydrogene